Deutscher Gewerkschaftsbund

Que faut'il attendre de notre societe democratique?

La démocratie parlementaire est pour nous la seule forme de gouvernement capable de garantir la liberté et la démocratie. Elle donne les garanties juridiques nécessaires, pour que des syndicats libres et indépendants puissent déployer leurs activités. Les syndicats veulent participer activement avec d'autres organisations et institutions au progrès à réaliser par la communauté nationale.

Toute société démocratique doit avoir des médias critiques et indépendants; elle doit permettre une vie culturelle variée et active. L'une de ses tâches essentielles consiste à garantir l'égalité des chances pour tous les hommes. Ce qui ne pourra se faire sans un système moderne d'éducation.

1. Etendre le champ d'application des libertés politiques

De nos jours, les citoyens veulent participer beaucoup plus intensivement à la vie démocratique des Etats, ce qui correspond aux objectifs des syndicats, dont les actions ont toujours cherché à élargir le champ d'application des libertés personnelles et politiques et à réaliser une plus grande participation pour tous les citoyens.

Nous luttons pour une meilleure participation des citoyens aux décisions prises par les autorités politiques, afin de consolider la démocratie et pour renforcer les organes élus dans le cadre de la Constitution. Référendum et plébiscite peuvent constituer des instruments pour compléter dans des secteurs bien déterminés les actions de la démocratie parlementaire.

Les syndicats encouragent les citoyens à participer activement dans des enceintes aussi variées que possible à la formation de la volonté politique générale. Si beaucoup de gens utilisent leurs compétences spécifiques, avancent leurs arguments particuliers et mènent le débat des idées d'une manière pacifique, l'avenir démocratique de la société ne s'en trouvera que renforcé. Les salariés ont le droit de faire des manifestations avec arrêt du travail.

L'Etat a besoin de la participation et de la compétence des grandes organisations, qui sont par ailleurs capables d'assumer leur part de responsabilité pour les compromis de société. Dans ce contexte, les syndicats ont par leur compétence et par leur expérience un rôle très important à jouer. Voilà pourquoi nous voulons souligner encore plus énergiquement que par le passé les positions que nous adoptons dans les grands débats de société.

L'union de l'Europe ne pourra se faire, que si elle est accompagnée d'une plus grande démocratie. Nous préconisons une Union Européenne avec une exécutive responsable devant le Parlement européen. Le concept de l' "Europe des régions" mérite une attention beaucoup plus grande. De cette façon, les citoyens européens auront beaucoup plus de possibilités pour participer à la création de l'Europe.

L'égalité des chances est un des éléments constitutifs de toute démocratie. Pour cette raison, les syndicats défendent l'égalité entre les hommes et les femmes dans tous les secteurs de la société. L'article 3 de la Loi fondamentale oblige l'Etat à imposer activement l'égalité des droits pour les hommes et les femmes et à lutter pour l'abolition des disparités. L'Etat doit adopter à cet effet les dispositions légales nécessaires pour mettre les hommes et les femmes sur un pied d'égalité dans la vie publique et dans la vie du travail. Les appels lancés pour partager le pouvoir entre les sexes n'ont pas été suivis de grands effets. Nous pensons donc qu'il faudra passer dans tous les secteurs par l'adoption de la règle des quotas de femmes. C'est la seule manière pour réaliser en pratique l'égalité des droits entre les hommes et les femmes, telle qu'elle est stipulée par la loi.

Dans de nombreux pays, la démocratie et les droits de l'homme sont bafoués. De nombreuses personnes sont en fuite, parce qu'elles sont persécutées pour des raisons politiques, religieuses et rassistes et parce qu'elles veulent se soutirer aux violences sexuelles. Les syndicats défendent le droit d'asile tel qu'il est défini par la Convention de Genève. Nous luttons pour une législation et une pratique administrative, qui permettent aux réfugiés de vivre en sûreté et en dignité dans notre pays. Pour les réfugiés venus de pays en guerre ou subissant des conflits de guerre civile, il sera nécessaire de créer un statut spécial répondant aux besoins de leur cause.

Toute société démocratique se doit d'intégrer les étrangers qui vivent dans leur pays. A cet effet, il faudra avant tout établir l'égalité des droits civiques au profit des personnes immigrées. Il faut accorder la double nationalité. Les syndicats défendent le principe d'une société de tolérance permettant aux immigrés de continuer à pratiquer leurs habitudes culturelles et d'en faire profiter leur environnement. Les syndicats vont s'efforcer également pour améliorer les chances des immigrés dans le monde du travail, surtout dans les domaines de l'accès à la formation professionnelle et pour leur participation à des mesures de formation continue et permanente. Pour trancher les conflits induits d'habitude par les mouvements d'immigration, il sera nécessaire de développer une politique active en faveur des minorités.

La République fédérale d'Allemagne est un pays d'immigration. Nous préconisons pour cette raison une politique d'immigration régulée et humaine, qui ne soit pas orientée unilatéralement aux nécessités du marché de travail allemand, mais qui prenne également en compte les besoins des hommes venus de régions économiquement et écologiquement déshéritées.

Les syndicats s'opposeront à toutes les formes d'extrémisme, de rassisme et de xénophobie - également dans leurs propres rangs. Nous sommes en faveur d'une attitude claire et ouverte vis-à-vis des étrangers et des immigrés et nous avons l'obligation de lutter dans les entreprises et dans les administrations pour y faire régner la tolérance.

2. Les droits de l'homme, la paix et le désarmement

Les principes du siècle des lumières et la réalisation des droits de l'homme font partie du passé historique des syndicats tout en restant d'actualité: liberté et égalité, vie et travail dans la dignité et dans l'autodétermination - sans oppression, menaces et misère. Mais l'exploitation et la suppression des droits de l'homme restent partout au monde à l'ordre du jour.

Au niveau mondial, 200 millions d'enfants sont astreints à un travail peu rémunéré, des millions d'hommes sont exploités comme travailleurs forcés, les droits des syndicats sont souvent bafoués, environ un cinquième de la population mondiale vit dans une misère extrême, 700 à 800 millions d'hommes sont au chômage. Les droits des femmes, des minorités ethniques et des dissidents politiques sont souvent violés à l'extrême. Le mouvement syndical veut que les droits des hommes soient appliqués universellement. Les conflits sociaux, économiques et écologiques sont à résoudre par des moyens civilisés et sans recourir à la force militaire.

Il faut faire des Nations Unies une organisation mondiale respectée par tous, favorisant la coexistence pacifique des peuples, le respect des droits de l'homme et le développement de l'aide humanitaire.

Les syndicats sont en faveur d'une réforme démocratique et d'un renforcement politique des Nations Unies, qui doivent apporter une contribution essentielle pour avoir un monde international plus juste pratiquant la justice et l'égalité des droits et intérêts.

L'effondrement du socialisme réel et le démantèlement du Pacte de Varsovie et de l'Union Soviétique ont enlevé la raison d'être à la confrontation entre les blocs d'antan. La dissolution de la structure bipolaire a créé des possibilités inédites pour la paix et le désarmement. La politique doit les utiliser au mieux. Les exportations d'armements sont à réduire durablement, les dépenses pour les armements sont à diminuer considérablement.

L'objectif prioritaire doit consister à créer un état de sécurité commune, qui rend toute guerre en Europe impossible. Ce qui dépasse le cadre de la réduction des armements et de la diminution des forces. Cette sécurité commune est apte à assurer aux nations européennes un avenir en paix et à ouvrir aux peuples d'Europe orientale la perspective d'un avenir offrant de meilleures conditions de vie.

3. Favoriser la diversité culturelle et les médias démocratiques

La démocratie vit de la diversité culturelle et de la possibilité de pouvoir prendre ses décisions personnelles en toute indépendance. Pour développer ses besoins et ses capacités, l'individu doit avoir la possibilité de profiter des événements culturels et d'avoir des activités dans le cadre de son environnement journalier. De cette façon, ses facultés créatrices pourront s'épanouir et il pourra profiter de son imaginaire. Ce constat vaut également pour le monde du travail.

La société démocratique ne pourra jamais renoncer aux dépenses culturelles, sans entraver pour autant la liberté des artistes. Les manifestations culturelles subventionnées par les autorités publiques devront être à l'image d'une offre culturelle complète et variée. La vie culturelle ne doit pas être réservée aux nantis et aux élites ayant reçu une éducation privilégiée.

L'influence déterminante exercée par les médias électroniques et par la télécommunication - la télévision, l'ordinateur et le téléphone - sur notre façon de vivre et de travailler, sera encore renforcée par le développement et la diffusion des nouvelles applications multimédiales. L'imbrication des techniques et des marchés de l'industrie des télécommunications et des ordinateurs, de l'électronique grand public et des médias plutôt classiques, va modifier de fond en comble la vie culturelle des nations. Des champs traditionnellement séparés de la vie politique - comme la politique des médias et celle des télécommunications - ne formeront à l'avenir plus qu'un tout, qui sera à gérer par une politique multimédiale de la communication respectueuse des principes imposés à une "société d'information" sociale et démocratique.

La réalité est perçue de plus en plus par l'entremise des médias. Les discussions politiques et les débats de société sont largement influencés par ceux-ci. La constitution démocratique et la culture de notre société dépendent essentiellement du caractère démocratique des médias, de leur contenu et des structures de communication. L'information, l'éducation et les loisirs doivent étayer la vie démocratique, refléter et favoriser la diversité culturelle. La liberté de la presse et de la radio est inéluctable pour le bon fonctionnement des médias. Tous les médias sont tenus à s'opposer à la glorification de la violence - violence sexuelle comprise - et des actes de xénophobie et de défendre la dignité des hommes.

Les syndicats sont en faveur d'un ensemble varié et multiple pour les médias. Il faut néanmoins reconnaître que cette variété est menacée par la concentration entre les grand groupes médiatiques privés.

Les nouvelles formes de la communication et de l'information peuvent enrichir cette variété de l'offre. Mais il faut assurer l'accès libre de tous les citoyens aux réseaux électroniques, protéger leurs données personnelles et préserver le libre choix des informations reçues. Les autorités politiques doivent prendre les dispositions législatives adéquates et veiller au maintien d'un service universel de haute qualité.

Les stations de radio et de télévision de droit publique jouent un rôle très important pour la formation des opinions, car elles sont le garant de la structure pluraliste des médias. Elles doivent proposer une offre globale de base en informations, en opinions et en émissions culturelles et de loisirs. Les réformes envisagées doivent améliorer la qualité et la diversité des programmes.

Les médias de droit privé - radio et presse - sont également tenus à respecter les principes démocratiques. Leurs programmes doivent présenter également suffisamment d'informations politiques et d'émissions culturelles de bonne qualité.

La liberté des opinions et la diversité des informations exigent un contrôle très strict et une limitation sévère du pouvoir des médias moyennant une législation efficace contre les mouvements de concentration. Vu le potentiel de puissance inhérent aux grand groupes médiatiques transnationaux et à leurs secteurs industriels subordonnés, ces réglementations ne sauront être limitées à la seule République fédérale d'Allemagne.

4. L'éducation est la clef pour l'avenir

L'éducation et la formation sont des préalables essentiels pour former une société libre, solidaire et juste. Elles permettent le développement des capacités individuelles. Elles sont décisives pour la réalisation de l'égalité des chances.

Le droit à l'éducation doit exister pour tous les citoyens, indépendamment de leur origine, de leur sexe et de leur préparation et sans regard pour les différences régionales éventuelles. En même temps, l'éducation et la formation représentent le capital le plus précieux et pour nos salariés et pour l'Allemagne en tant que site industriel et économique.

Les changements intervenus dans la societé et dans la vie économique représentent autant de défis pour la politique de l'éducation:

  • l'éducation doit enseigner le traitement critique, sélectif et orienté des connaissances; elle doit enseigner les principes de solidarité et de tolérance. Elle doit transmettre aux hommes la faculté pour organiser eux-mêmes leur processus de formation permanente;
  • le secteur de l'éducation doit aider les enfants et les adolescents à s'orienter et à trouver leurs marques dans un monde en changement perpétuel. La dissolution des milieux traditionnels et des liens familiaux est telle, qu'il faut être à même dès un très jeune âge à assumer ses propres responsabilités;
  • le travail de l'avenir exigera de nouvelles qualifications. Le contenu des différentes professions est en évolution. Les profils d'une profession et le contenu du travail changent rapidement et les salariés vont changer au cours de leur vie professionnelle plusieurs fois de profession;
  • la destruction déjà avancée de la nature et le caractère fini des ressources en matières premières exigent une nouvelle définition du progrès. L'éducation ne doit pas montrer aux hommes, que tout est possible, mais elle doit leur apprendre, comment utiliser avec un esprit critique et responsable les possibilités offertes par les sciences.
  • Le droit fondamental à l'éducation ne peut être réalisé, que s'il est conçu comme une obligation incombant à la société dans son ensemble.

Pour cette raison, les syndicats demandent une réforme du système d'éducation.

Nous préconisons des centres d'éducation et de formation, qui préparent les enfants et les adolescents dans un groupe aux différentes situations de la vie, qui leur apprennent la solidarité et la tolérance et qui les équipent des instruments nécessaires pour les aider plus tard à maîtriser les évolutions rapides de la société, de l'économie et du monde du travail. Il faudra s'approprier avant tout les compétences-clés.

Nous voulons avoir des écoles avec un profil propre et jouissant d'une grande indépendance. Les structures traditionnelles rigides de l'enseignement sont à remplacer par des formes beaucoup plus souples. L'école doit favoriser tous les talents.

La lutte pour un accès égal et libre de tous les enfants issus de toutes les couches sociales aux chances offertes par les systèmes d'éducation a toujours été une mission importante pour les syndicats. Il faudra dans ce contexte réaliser également le concept de la "deuxième chance" dans les institutions d'éducation. Les classes enfantines, les centres de l'aide à l'enfance et les possibilités du séjour journalier à l'école sont des contributions importantes pour réaliser l'égalité des chances. Il faudra des aides spécifiques pour les enfants des immigrés, afin de les intégrer dans la société. Les enfants handicapés peuvent et doivent recevoir un enseignement commun avec les enfants non handicapés. L'école intégrée réunissant enseignement primaire et secondaire permet de compenser une répartition inégale des chances sociales, d'où la nécessité de la favoriser spécialement.

Le système d'éducation a permis de réduire les handicaps, dont souffrent les femmes dans la société. Mais il doit continuer à s'opposer à la compréhension traditionnelle du rôle des sexes, qui empêche toujours l'égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Les syndicats revendiquent le renforcement et le renouvellement du système dual de la formation professionnelle. Ce système doit donner aux adolescents des qualifications utilisables à long terme, assurer la durabilité de leurs chances professionnelles et garantir une participation active à tous les secteurs de la vie. Ce qui va au delà d'une adaptation aux évolutions de la technique ou aux nécessités momentanées du marché du travail.

Il faut créer indépendamment des variations conjoncturelles un nombre suffisant de places de formation pour tous les jeunes. Nous demandons un droit individuel à la formation professionnelle et une compensation solidaire des charges entre les entreprises et les administrations, fonction publique comprise, sous forme de conventions tarifaires, syndicales ou légales. A côté du financement d'un nombre suffisant de postes, il faudra veiller également à la qualité de la formation professionnelle duale, car elle sera décisive pour l'avenir de ce type d'éducation orienté à la pratique. La formation spécialisée dans l'entreprise et dans l'école professionnelle doit être complétée par une qualification plus générale, centrée sur les compétences sociales et écologiques requises pour la vie dans la société. D'où la nécessité de traiter au sein du système dual le centre de formation professionnelle à egalité avec les autres types d'enseignement et de lui accorder à l'avenir une plus grande importance.

Il faut supprimer la séparation entre la formation professionnelle et la formation générale. Il faudra créer à cet effet beaucoup plus de carrières de formation à double qualification et permettre l'accès aux universités à des candidats ayant déjà terminé leur formation professionnelle, sans leur poser des conditions supplémentaires et sans leur faire passer des examens d'admission.

La formation continue doit être reconnue par la loi; elle doit devenir une part entière du système d'éducation. La formation continue ne doit pas être un privilège de ceux, qui sont déjà favorisés sur le marché du travail. Des aides supplémentaires sont à proposer aux jeunes sans diplôme, aux salariés plus âgés, aux chômeurs de longue durée, aux salariés sans qualification suffisante ou aux femmes reprenant leur ancienne activité professionnelle. Il sera nécessaire d'établir un cadre général au niveau national, afin de garantir parmi la multiplicité d'organisations l'égalité des chances pour tous. Le droit à l'éducation permanente ne doit pas se limiter à la formation professionnelle et à la reconversion; il doit englober également la formation générale et l'éducation civique.

Les universités et les centres de recherche sont à réformer en profondeur, si les sciences et la recherche veulent rester à la hauteur des tâches économiques, sociales, écologiques et culturelles, qu'elles auront à remplir. Les cours par correspondance doivent être favorisés et les universités doivent répondre à la demande croissante en possibilités de formation continue.

Les syndicats veulent faire redéfinir les objectifs et le contenu des différents curriculum d'enseignement. Le développement scientifique des théories et la pratique de la société ne doivent plus continuer à s'ignorer. Le côté pratique des études ne doit pas rester limité aux capacités utiles pour le marché du travail.

Il faudra créer un plan-cadre pour l'organisation future des universités et des centres de recherche; ce plan sera à établir d'un commun accord par les universités et les centres de recherche, les gouvernements et les parlements et avec la participation des syndicats.

Le financement des universités et des centres de recherche est une tâche commune de l'Etat fédéral et des Länder. Les conditions matérielles des études doivent être améliorées par des mesures de promotion permettant la couverture des frais, afin d'assurer l'égalité sociale des chances.

L'éducation et la formation sont des tâches d'intérêt public, dont le contenu et les règles sont à fixer par la loi. L'Etat doit pourvoir à une base personnelle et matérielle sûre et durable pour le système d'éducation.

La responsabilité des autorités publiques pour l'éducation vaut également pour les secteurs, où - comme dans l'aide aux jeunes, la formation professionnelle et l'éducation permanente - l'on assiste à une activité parallèle entre organisateurs privés et publics. La responsabilité de l'Etat exige également la participation des employés et des élèves de ces centres de formation à l'exercice de ces responsabilités.

L'Etat de droit social et démocratique est tenu à réaliser le droit à l'éducation. Les syndicats pensent que l'éducation et la formation seront les facteurs-clés pour l'avenir de la politique et de la société et qu'il faut leur accorder une priorité élevée.


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